À seulement 31 ans, le capitaine Tristan dirige 103 soldats et 16 chars Leclerc au 501e régiment de chars de combat. Officier de cavalerie blindée, il mène des équipages dans ce que l’armée de Terre a de plus technologique et décisif : ses chars de combat. Lors d’un webinaire animé par la CEO de My Job Glasses Emilie Korchia, Tristan raconte une montée en puissance rapide, guidée par sa fascination pour ces machines de guerre.
Enfant, Tristan est plongé dans deux mondes : celui de son père, sous-officier de l’armée de l’air, et celui des livres que sa mère, professeure de français, laisse traîner. La lecture devient un terrain d’aventure : Kursk, Normandie, charges de blindés, manœuvres mécanisées. “Je me rappelle de bouquins d’histoire… La Seconde Guerre mondiale au jour le jour. Ça m’a passionné.”
L’idée fait son chemin : à 15 ans, Tristan entre en lycée militaire, puis enchaîne avec une classe préparatoire intégrée, puis Saint-Cyr. En 2015, il devient élève-officier “pour la première fois avec un vrai treillis.”
Char Leclerc : un véritable coup de foudre à Saumur
Tout s’accélère lorsqu’il découvre le char Leclerc durant sa formation à Saumur. L’expérience est immersive : “La trappe se ferme, il y a plein de boutons, il fait noir… Je suis complètement perdu”, se souvient-il. Quelques jours suffisent pour que la peur se transforme en évidence :“Je me suis dit : c’est là-dedans qu’il faut que je serve. Ça va vite. Il y a une super protection, et une super puissance de feu”. Tristan le sait : il sera officier de chars.
Quand il arrive au 501e régiment de chars de combat à Mourmelon, il n’a que 25 ans. Et déjà 24 soldats sous ses ordres. Des hommes parfois plus âgés que lui, plusieurs fois projetés, plus aguerris. “C’est très challengeant… ils ont la quarantaine, six opérations extérieures. Et moi, je sors d’école.”
Mais Tristan est formé pour commander et il joue un rôle clé. Les chars cimentent la cohésion. “Vous arrivez dans une machine qui est déjà très huilée, observe-t-il. Les soldats, les sous-officiers, les militaires du rang ont l’habitude d’avoir un chef de peloton ; ce n’est pas nouveau pour eux. Donc on se glisse assez rapidement dans le moule. (…) Quand vous arrivez, vous êtes bons techniquement, parce qu’en école vous faites quand même pas mal de chars. Donc, au moment d’intégrer votre unité, vous n’avez pas à rougir. Tout ce que vous avez à faire, c’est continuer à apprendre et continuer à vous donner à fond. Et finalement, ça se passe très, très bien.”
Selon Tristan, pour que tout cela fonctionne, il y a quelques éléments à garder en tête, quelques “qualités indispensables” à avoir. “Notamment l’exemplarité. Vous ne pouvez pas demander à des gens de faire quelque chose que vous-même ne faites pas. Et ça, finalement, ça vient très naturellement : vous l’apprenez à l’école, vous l’apprenez en école de cavalerie.”
Le char Leclerc : “une bête technologique” fascinante
Quand il parle du Leclerc, Tristan change de ton : il raconte cette machine comme un objet presque vivant, exigeant, qui impose le respect. Il détaille la sensation d’être à l’intérieur, moteur rugissant et tourelle en rotation : “Vous êtes dans 56 tonnes de diplomatie française. Vous allez très vite, vous sentez à peine les bosses. “ Il met en mots ce que peu de civils imaginent : l’impression de puissance brute, mais aussi de maîtrise totale. Il en détaille chaque élément : la mobilité, la sensation de protection, la puissance de tir, la technicité. “Vous avez un canon de 120 mm qui envoie 22 kg d’explosif à 4000 mètres.”
Cette passion n’est jamais que théorique : elle s’incarne dans les nuits d’entraînement où chaque équipage progresse ensemble. Le char devient un milieu de vie, où tout se joue à trois : un pilote, un tireur, un chef de char. Cet équipage soudé ne se voit pas physiquement une fois la trappe fermée, mais qui fonctionne au millimètre. “Il y a un vrai lien qui se construit et il faut s’adapter en toute situation.”
Car manœuvrer un char exige autant de technicité que d’agilité mentale : être un bon militaire à l’extérieur comme à l’intérieur, gérer ces “56 tonnes de machine” lorsqu’on pilote ou un canon de deux tonnes lorsqu’on tire, tout cela dans des environnements où “ça doit aller très très vite”. Pour lui, la clé reste l’ouverture d’esprit : “S’adapter, c’est être prêt à apprendre, à écouter. “
Liban 2020, Liban 2023 : deux OPEX, deux intensités
Tristan cumule déjà cinq opérations extérieures en sept ans de carrière. Parmi elles, deux missions au Liban qui n’ont rien à voir l’une avec l’autre.
En 2020, il découvre la FINUL. Patrouilles frontalières, présence dissuasive, longues heures de veille : un premier contact avec l’OPEX, exigeant mais maîtrisé. Surtout, il apprend à commander dans la durée : “Il y a la fibre humaine qui rentre en compte. Vous devez connaître chacun de vos hommes : leur situation, leur moral.” En 2023, il retrouve le Liban… transformé. Cette fois, le pays est frappé par une guerre de moyenne intensité. “Des tirs d’artillerie, tirs de char, tirs de roquette… quotidiennement”, se souvient Tristan.
Il n’est alors plus chef de peloton, mais officier en état-major, derrière une radio, à coordonner ceux qui sont sous le feu. Une autre forme de responsabilité. “Je ne pouvais pas me permettre la moindre erreur”, raconte-t-il. Ces opérations extérieures scandent sa carrière. “Noël dernier, j’étais aux Émirats Arabes Unis. Noël 2023, j’étais au Liban. “ La distance, il la gère comme une contrainte du métier. C’est un choix de carrière exigeant, mais qui “mérite d’être vécu”.
103 hommes et femmes à mener au combat
Aujourd’hui, Tristan dirige une compagnie entière : 103 hommes et femmes, quatre pelotons, seize chars Leclerc. Une mosaïque de profils, d’âges, d’expériences, de motivations. Certains sortent à peine d’école militaire. D’autres cumulent dix ou quinze ans de terrain, parfois six opérations extérieures. Il y a des mécaniciens passionnés de moteurs, des tireurs redoutables, des pilotes précis comme des horlogers, des jeunes engagés de 18 ans et des sous-officiers aguerris qui ont vu défiler plusieurs générations d’officiers.
C’est précisément cette diversité qui l’anime. Tristan aime faire équipe. Il adore observer comment chacun progresse, comment un équipage se transforme à force de nuits d’entraînement, de sueur, de tir, de stress maîtrisé. Il le dit comme une évidence : son rôle n’est pas seulement de commander, mais de révéler, fédérer, adapter. Tristan s’appuie sur les forces des uns pour compenser les fragilités des autres, construit des équipages cohérents, ajuste les responsabilités selon les tempéraments. Il décrit ce défi avec une forme d’admiration : ces soldats qu’il mène, ce ne sont pas des machines. « Vous commandez des humains qui ont chacun une vie, une histoire, un contexte personnel. »
Ce lien humain, c’est ce qui rend son métier profondément vivant. “Il faut être digne du regard de 103 soldats. Et pour ça, il faut être exemplaire”, conclut-il.
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