Hélène aime quand “ça roule droit”. Et pas seulement au sens mécanique du terme, malgré son métier de mécanicienne dans l’armée de Terre. À l’occasion d’un webinaire animé par la CEO de My Job Glasses Émilie Korchia, Hélène évoque sa manière d’aller au bout d’une mission et d’embarquer une équipe entière dans la même direction. En vingt-deux ans de carrière, elle a vu passer des générations de matériels, des urgences imprévues, des contrôles éprouvants, des nuits trop courtes… mais toujours une constante : la certitude de finir par y arriver. Grâce à une grande organisation ainsi qu’une relation de confiance bâtie dans le temps.
Pour Hélène, tout part d’une rencontre. À 14 ans, elle assiste à un forum des métiers et échange avec un aviateur de la Patrouille de France. Celui-ci lui raconte son quotidien, son engagement. “Il m’a fait rêver avec son métier de militaire. (…) Et je me suis dit : ça, c’est vraiment pour moi. C’est ce que je veux faire de ma vie.”
Hélène ne vient pas d’une famille militaire et, surtout, elle découvre vite la réalité des concours. Elle tente une première fois d’intégrer l’armée de l’Air et de l’Espace, échoue, puis attend sa majorité pour pousser la porte d’un CIRFA (Centre d’information et de recrutement des forces armées). Elle y croise un adjudant-chef avec qui le courant passe très bien. Il lui parle des préparations militaires : une façon d’entrer progressivement, de tester, d’apprendre les codes, de confirmer l’envie.
Hélène se lance et cette fois, ça fonctionne.
Apprendre à être militaire, puis apprendre la mécanique
Elle intègre ainsi l’armée de Terre à 18 ans, avec un bac en poche, condition requise pour rejoindre l’École nationale des sous-officiers d’active à Saint-Maixent. Là, pendant plusieurs mois, elle apprend d’abord les fondamentaux du métier de militaire. Le cadre. La rigueur. L’endurance.
Sa spécialité, ce sera la mécanique, même si elle n’est pas encore formée à cette discipline. “Je n’avais pas fait d’études en mécanique, se remémore-t-elle. (…) Mais je m’y suis beaucoup plu.” Elle part donc en école d’application à Bourges, au contact des véhicules. Pendant environ six mois, elle apprend les bases : le fonctionnement d’un moteur, le principe d’un diagnostic et d’une intervention. Surtout, Hélène apprend sur du réel, du véritable matériel militaire.
C’est une mécanique qui doit permettre à un régiment de partir, manœuvrer, remplir sa mission. “Le but du jeu est très simple : les véhicules doivent rouler coûte que coûte et être opérationnels en permanence”, rappelle Hélène.
Fraîchement sortie d’école et face à des personnels expérimentés autour de 40 ans
Le premier grand saut, ce n’est pas un véhicule difficile. C’est l’encadrement. Hélène commence cheffe d’équipe, avec deux ou trois mécaniciens sous sa responsabilité. Dans les faits, elle se retrouve à 19 ans, fraîchement sortie d’école, face à des personnels expérimentés, parfois autour de 40 ans. Elle connaît la théorie, eux ont la pratique. Alors comment prendre sa place sans jouer “au petit chef” ?
“On arrive en toute humilité, se souvient-elle. Lorsqu’en face de vous, vous avez des personnels hyper compétents, qui connaissent leur métier sur le bout des doigts, ou à l’oreille, vous leur faites confiance. À partir de ce moment-là, un lien se crée. Il y a même parfois des amitiés qui naissent. Le travail se fait alors de concert, et chacun apprend des autres : moi, du haut de mes 20 ans, toute jeune sortie d’école, et eux grâce à leur expérience”.
Des véhicules légers aux petits blindés : grandir par l’expérience
Lors de ses premières années d’exercice, Hélène élargit son terrain technique. Elle commence sur les véhicules légers, passe sur des petits blindés comme le VAB (Véhicule de l’avant blindé) et le VBL (Véhicule blindé léger), et touche ponctuellement aux poids lourds.
Elle découvre le rythme très particulier du soutien mécanique : il y a le préventif, comme dans le civil, avec ses visites, ses échéances, ses contrôles. Et il y a le dépannage, la réparation, l’imprévu. La voiture qui ne démarre pas. Le véhicule qu’il faut rendre disponible alors qu’une mission se déclenche et que le départ est dans 24 heures.
Pour Hélène, c’est aussi une période marquée par deux départs en Outre-mer, à Mayotte puis en Nouvelle-Calédonie. Là-bas, elle se retrouve à apprendre autrement : pas seulement par les manuels, mais par le terrain et les responsabilités qui arrivent plus tôt. En Nouvelle-Calédonie, justement, un adjudant-chef “extraordinaire”, dit-elle, lui fait confiance. Il l’embarque alors dans des fonctions d’adjoint et l’aide à grandir.
Quand la mécanique devient aussi de la gestion, des RH et de la sécurité
C’est là que débute l’encadrement à grande échelle. De cheffe d’équipe, Hélène devient adjointe puis cheffe d’atelier. À ce stade, on ne parle plus seulement de réparer. On parle de faire tourner une structure : gérer les équipes, répartir les tâches, contrôler le travail fini, anticiper l’approvisionnement, commander et réceptionner les pièces, intégrer la sécurité à chaque geste, suivre les carrières, s’assurer que chacun ait les mêmes chances d’évoluer.
Dans un nouveau régiment, elle prend le poste de cheffe d’atelier dès son arrivée, faute de chef en place. Elle se retrouve à encadrer entre vingt et trente personnes, avec un parc conséquent. Son quotidien est imprévisible : un jour, ce sera 80 % d’administratif, le lendemain, 80% de mécanique. Au final, dit-elle, c’est du “cinquante-cinquante.”
Hélène le revendique : même en tant que cheffe, elle met encore les mains “dans le cambouis”. Moins pour faire la réparation complète, plus pour faire le diagnostic et le contrôle qualité, là où son expérience compte le plus.
Hélène enchaîne ensuite avec ce que l’armée appelle le poste de RDC : réception, diagnostic, contrôle. On est sur une logique très proche d’un garage civil, avec une dimension régimentaire beaucoup plus vaste. Recevoir le véhicule, comprendre la demande, déterminer les opérations à mener, orienter vers l’atelier concerné, et contrôler après intervention.
Ce poste est lié à une montée en qualification. Hélène évoque un diplôme mécanique équivalent à un BTS, reconnu dans le civil. À ce poste, l’échelle change encore : au lieu de gérer une partie du parc, elle gère la totalité des véhicules du régiment. Et l’effectif associé peut monter très haut. “Au maximum, je suis montée à soixante personnes.”
“Un boîtier nous a cassé la tête” : l’AMX-10 RC et le diagnostic au long cours
Hélène sait comment tenir un délai. À l’époque d’un sommet du G8, dans un régiment de transmissions, elle se souvient d’une demande particulière. On lui demande un camion “classique”, mais équipé d’un conteneur électronique très spécifique.
Elle ne maîtrise pas forcément tout l’équipement, mais elle n’a pas le droit à l’erreur. Alors l’organisation s’adapte, les équipes s’alignent. “Quand une journée fait 24 heures, on exploite les 24 heures pour être au rendez-vous”, s’amuse Hélène. Malgré la fatigue, la mission est accomplie : le camion est apte à prendre la route.
À la question du véhicule le plus difficile de sa carrière, Hélène évoque une manœuvre et un mot qui revient souvent : l’électronique. Sur un AMX-10 RC (un véhicule militaire blindé de reconnaissance-feu, ndlr), un problème électrique entraîne neuf heures d’investigation. Le schéma n’aide pas, la panne est sournoise, l’équipe élimine les causes une par une… jusqu’à identifier une génératrice défaillante.
Une expérience typique de la maintenance militaire : on doute, on creuse, on se relaie, on avance, et… on apprend. Il faut dire que l’armée combine des véhicules très récents,”bourrés d’électronique” et d’autres plus anciens.
La clé, selon Hélène, reste la base technique : un moteur reste un moteur, un schéma électrique reste un schéma. “On ne vous demande pas de tout connaître. (…) Quand vous avez de la technique, vous allez le lire et vous demanderez de l’aide à quelqu’un qui va mieux maîtriser que vous, c’est normal. C’est ce réseau d’entraide qui est très important aussi.”
“Je commande comme j’aimerais qu’on me commande”
Après 22 ans de carrière, Hélène est fière du chemin parcouru. Et du style de commandement qu’elle a choisi d’adopter. “Je commande comme j’aimerais qu’on me commande”, juge-t-elle. Diriger avec exigence, mais aussi respect et humanité. ”Nous sommes militaires, nous avons un grade, mais nous restons des hommes et des femmes.”
Quand on lui demande ce qui est le plus compliqué à gérer dans une équipe technique, elle surprend : “Rien n’est compliqué. La technique, ça s’apprend, ça se travaille, ça se perfectionne.”
Sur la place des femmes, Hélène est tout aussi directe. Oui, le milieu est masculin. À ses débuts, elle croise très peu de femmes mécaniciennes. Mais elle refuse l’idée d’être une exception. “Des Hélène, il peut y en avoir plein”, assure-t-elle. Ce qu’il faut, c’est la même chose pour toutes et tous : du sérieux, de la constance et ne pas confondre autorité et autoritarisme.
“On ne cherche surtout pas à s’imposer en disant : ‘C’est moi le chef’. Ça ne marche pas.En revanche, on est à l’écoute des autres. Et quand il le faut, on sait aussi s’imposer : on a du caractère et on ne se laisse pas marcher dessus.”
Pour revoir notre webinaire…
Et maintenant ?
La mécanique est un domaine qui pourrait vous intéresser ? Le parcours d’Hélène dans l’armée de Terre vous a inspiré ? N’hésitez pas à contacter l’un de nos ambassadeurs de l’armée de Terre sur My Job Glasses. Ils seront disponibles pour répondre à toutes vos questions !