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Ingénieure, chercheuse en Australie puis éleveuse au Kazakhstan : le parcours hors norme d’Ombeline Chapolard, productrice de produits laitiers en France 

Ingénieure, chercheuse en Australie puis éleveuse au Kazakhstan : le parcours hors norme d’Ombeline Chapolard, productrice de produits laitiers en France

Ombeline Chapolard est agricultrice. Baignée dans ce secteur depuis l’enfance, elle emprunte pourtant un chemin sinueux – mais tout à fait inspirant – avant de se lancer définitivement dans la production de produits laitiers bio. D’abord ingénieure, puis étudiante chercheuse, elle confirme sa passion pour l’agriculture loin de chez elle, au Kazakhstan, avant de revenir s’installer dans le Lot-et-Garonne. Lors d’un échange passionnant, nous avons voulu en savoir plus sur son métier, son parcours, et sur sa passion pour les bons produits. 

“C’est un métier qui a du sens et qui est la base de la vie, à la base de l’alimentation.” Quand on discute avec Ombeline Chapolard, 36 ans, sa passion pour sa profession est palpable. Productrice de produits laitiers (yaourts, fromage blanc et yaourts à boire) dans le Lot-et-Garonne, elle annonce avoir “plusieurs casquettes.” 

 

 

“C’est ça le merveilleux métier d’être agriculteur. Je suis éleveuse, donc je gère mon troupeau. Je fais de la transformation à la ferme, donc je suis dans l’agroalimentaire. J’ai trois salariés, je gère les plannings, donc je suis aussi RH. Je fais les produits que je vends, donc je suis aussi dans la communication, dans la recherche de clients, dans la gestion declients et je suis aussi comptable. Je suis beaucoup de choses en fait. Ça dépend de l’heure”, plaisante-t-elle. 

“Je me suis toujours dit que j'allais tester toutes les choses que je n'avais pas envie de faire pour être sûre de ne rien regretter”

Ombeline connaît le secteur agricole depuis l’enfance. Son père était lui-même spécialisé dans l’élevage porcin. “Il faisait naître ses cochons, les faisait grandir, les nourrissait avec les produits de la ferme, puis il les vendait en direct sur les marchés”, détaille l’agricultrice. 

 

Une manière de maîtriser toute la chaîne agricole qui la séduit déjà à l’époque. “Nous aussi on est aussi en autonomie alimentaire. On produit quasiment du champ jusqu’à la livraison dans les magasins. Nous sommes quasiment à 90 % autonomes.” 

 

Si sa carrière actuelle semble désormais une évidence, Ombeline n’a pas foncé tête baissée dans le monde agricole. Bien au contraire, même. 

 

Judokate de haut niveau, elle souhaite d’abord explorer avant de se décider. “Je me suis toujours dit que j’allais tester toutes les choses que je n’avais pas envie de faire pour être sûre de ne rien regretter, se remémore-t-elle. Le judo, c’était pour l’équilibre, mais je savais que je ne deviendrais pas pro. Et que, même si c’était le cas, il faudrait quand même que je puisse me reconvertir, car on n’est pas pro jusqu’à la retraite.”

 

Ombeline s’oriente vers la biologie et l’agronomie en intégrant l’école d’ingénieurs Bordeaux Science Agro. “J’ai choisi le secteur agricole parce que j’ai toujours eu en moi l’importance de l’alimentation de qualité dans la santé, détaille-t-elle. Mon premier stage a été dans une ferme. Je connaissais plus ou moins, mais le cochon et la vache, ce n’est pas exactement pareil. C’était ma première expérience professionnelle officielle.”

Après l’Australie, en route pour les kolkhozes du Kazakhstan

En deuxième année d’études, Ombeline s’envole pour l’Australie, où elle intègre un institut de recherche. “C’était de la recherche pure et dure. On prenait des notes, on faisait des tests, on reprenait des notes, on rédigeait des rapports. C’était intéressant”. 

 

Mais cela ne suffit pas à susciter une vocation. La jeune femme rentre d’Australie et effectue son dernier stage à L’Institut du porc (IFIP). Son rapport final porte sur la consommation de porc bio en France. “Après mes études, je me suis dit : on m’a formée pour être ingénieur. Ça veut dire quoi ? Qu’est-ce que j’en fais ?

 

Ombeline a, de son propre aveu, “envie de voir du pays.” Et même au-delà. L’un de ses contacts de IFIP lui parle des VIE (Volontariat international en entreprise) dans les grandes entreprises. Elle porte son attention sur Lactalis. “Il y avait un projet sur de l’agroalimentaire en Amérique du Sud. Je postule.” Elle rencontre les responsables de Lactalis mais la mission tombe à l’eau : il n’y a finalement pas de place pour elle. “Un mois après, on me rappelle pour me dire qu’on m’a finalement peut-être trouvé une place, pas en Amérique du Sud mais au Kazakhstan. Et que ce n’est pas non plus de l’agroalimentaire, mais de l’élevage.

 

Pas de quoi effrayer Ombeline. “Je réponds : Très bien, pourquoi pas. C’est où le Kazakhstan ?”, s’amuse-t-elle encore aujourd’hui “Je regarde sur la carte et c’est quand même le cinquième pays le plus grand du monde. Je n’en avais jamais entendu parler mais il était bien là !“

 

Lactalis lui propose de partir en repérage durant deux semaines avant de se décider définitivement. Ombeline décolle en plein mois de novembre et arrive au Kazakhstan pour rencontrer deux Français déjà sur place. Le trajet dure 15 heures et, à son arrivée, il fait -15°C. Elle rencontre l’équipe sur place et elle est tout de suite convaincue. “En mars de l’année suivante, je pars pour deux ans.”

 

L’agricultrice y apprend la langue, les coutumes, la gestion de salariés, la gestion de troupeau, ainsi que les coulisses du fonctionnement d’une grande entreprise. “Et puis la vie d’expatriée aussi. Avec 40°C en été et -40°C en hiver. J’habitais en ville et je passais mes journées à la ferme, dans un ancien kolkhoze. Le niveau de vie, c’était un peu l’après-guerre en France.” 


Ombeline apprend également la “débrouillardise”. “C’était vraiment une autre façon de voir et de faire. C’était aussi tomber dans un monde où on a aucun repère. C’était énormément de découverte de moi-même et des autres.”

“Je me suis dit que les vaches étaient beaucoup plus simples à gérer que les employés”

Au bout de deux ans, Ombeline revient en France. Malgré de nombreuses opportunités de repartir à l’étranger, elle préfère se réacclimater à son pays d’origine, et exerce, pendant “deux années de flottement”, trois activités : elle travaille dans l’entreprise de son père, collabore avec un vigneron, et travaille aussi “plus ou moins” dans l’entreprise de ses deux futurs associés. 


En 2017, elle s’installe définitivement avec eux. “Quand j’étais au Kazakhstan, j’avais un troupeau de 2000 vaches et 70 employés. Je me suis dit que les vaches étaient beaucoup plus simples à gérer que les employés, déclare-t-elle en riant. Et que je préférais faire ça à petite échelle dans mon petit coin de France natale, près de ma famille et sur un projet qui me plaisait d’autant plus qu’on gérait quasiment la totalité de la filière. Mes associés avaient déjà des vaches, puisque ça faisait 5 ans qu’ils avaient monté leur élevage. Ils avaient aussi déjà commencé la transformation de yaourt. Même après 5 ans, il restait encore énormément de choses à développer, notamment pour pouvoir intégrer une personne en plus, c’est-à-dire moi.”


Aujourd’hui, cela fait presque 10 ans que l’agricultrice exerce son métier. Ses journées de travail  – entre 12 et 17 heures – sont physiques, très physiques même. “Il y a toujours des choses à faire, explique-t-elle. Tant qu’on ne se dit pas qu’on ne peut pas tout assumer et qu’on ne priorise pas, on peut se laisser bouffer. Après, je ne suis pas toute seule. On est deux associés et on a trois salariés. Donc on s’organise à plusieurs.” 

 

Quant au fait d’être une femme dans un monde réputé comme très masculin, Ombeline est très à l’aise. “Je gère, lance-t-elle. C’est vrai qu’au tout début, on me demandait où était le patron, mais bon, à partir du moment où j’ai dit que c’était moi, il n’y a plus eu de problème.”

 

Sa plus grande satisfaction réside dans la fierté du travail bien fait. Et dans la qualité de ses produits. “Dès que je mange mon yaourt, par exemple, dit-elle avec gourmandise. Ou quand les gens me disent : Oh mais dis donc, je savais pas qu’un yaourt ça pouvait être aussi bon. Il y a aussi ma proximité avec mes vaches et le fait que je puisse maintenant allier vie perso et vie pro.”

“Les étudiants d’aujourd’hui sont l’avenir de demain”

Tombée par hasard sur My Job Glasses il y a quelques années, Ombeline est désormais une ambassadrice active du secteur agricole. “Je me suis dit : tu fais des chouettes trucs. Comment transmettre ça à plus large échelle ?” 

 

Son arrivée sur la plateforme coïncide aussi avec ce qu’Ombeline appelle le début de “l’agri-bashing”. “On entendait dire que tous les paysans étaient des pollueurs, se souvient-elle. Je me suis dit que je ne pouvais pas laisser dire ça. Comment peut-on croire ça alors qu’on a la meilleure agriculture du monde ? Qu’on s’arrache notre qualité à l’étranger ? Je me suis dit que l’information est la meilleure chose à promulguer, que j’allais essayer de faire quelque chose à mon échelle pour que les gens se rendent compte de ce qu’est vraiment l’agriculture française. Je sais que les étudiants d’aujourd’hui sont l’avenir de demain. Alors s’ils ont des portes ouvertes, c’est d’autant plus intéressant pour eux.”

 

Ombeline leur conseille de suivre son exemple et de multiplier les expériences. “Et surtout de sortir de leur zone de confort”, insiste l’agricultrice. ”Parmi les personnes que j’ai rencontrées sur My Job Glasses, il y en a beaucoup que je n’aurais jamais rencontrées dans la vraie vie. Les réseaux sociaux existent et ils ne sont pas que mauvais. Au vu du déclin agricole et du non renouvellement des générations, je pense que c’est mon rôle d’essayer de parler de ce que je fais.” 

 

Un rôle qu’Ombeline endosse définitivement avec brio. 

Et maintenant ?

Le parcours d’Ombeline vous inspire ? Vous avez envie d’en savoir plus sur les métiers de l’agroalimentaire et de l’agriculture ? Contactez l’un de nos ambassadeurs actuellement sur le terrain et posez-lui toutes vos questions !