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Claire Reynes, exploitante viti-vinicole du Domaine Les Cadinières : “My Job Glasses, c’est quelque chose qui donne du sens” 

Claire Reynes, exploitante viti-vinicole du Domaine Les Cadinières : “My Job Glasses, c’est quelque chose qui donne du sens”

À la tête du Domaine Les Cadinières, Claire Reynes orchestre seule 13 hectares de vignes en Côtes du Rhône, du travail minutieux dans les rangs jusqu’à la mise en bouteille. Elle ne se destinait pourtant pas à ce métier : d’abord sportive de haut niveau puis enseignante, elle change de trajectoire lors du décès de son père en 2005. Vingt ans plus tard, elle a bâti une exploitation à taille humaine, toujours guidée par une conviction profonde : un métier n’a de sens que si l’on reste en accord avec ses valeurs et sa personnalité. 

My Job Glasses : Vous êtes exploitante viti-vinicole dans le Gard. Est-ce que vous pouvez nous expliquer en quoi consiste votre métier ?


Claire Reynes : Je gère une exploitation de 13 hectares de vignes en Côtes du Rhône, sur des terroirs gardois.  Je gère toute l’exploitation, que ce soit la comptabilité, la logistique, la vinification, le travail de la vigne, la création de produits, et la commercialisation. Je n’ai pas d’employés actuellement, mais je suis accompagnée : j’ai un cabinet comptable, un technicien vigne, et un œnologue. Et ponctuellement je fais appel à des prestataires si besoin, pour les vendanges ou la taille. Mais j’ai un souci pour déléguer. J’aime le travail très bien fait, pointu, sur lequel on n’a pas besoin de revenir. 

 

“C’est une propriété que mon père avait montée par passion, par envie de partager une culture, le terroir, des valeurs”

My Job Glasses : Est-ce que vous pouvez me parler des produits que vous vendez ?

 

Claire Reynes : Les terroirs sont complètement différents, donc je travaille tout en parcellaire (une cuvée parcellaire est ce que l’on nomme une cuvée issue d’une seule parcelle, ndlr). Je fais un blanc, deux rosés, et plusieurs rouges. J’ai une gamme qui s’appelle L’Alliance : c’est l’entrée de gamme. Ensuite L’Élégance, plus raffinée. Après, j’ai des cuvées très terroirs et des micro-cuvées. Et cette année, je sors une cuvée pour les 25 ans du domaine : La Signature.

 

My Job Glasses : Qu’est-ce qui vous anime dans cette création de cuvées ?

Claire Reynes : J’essaie de créer des cuvées qui changent, pour montrer qu’on peut faire des choses très intéressantes. Ma gamme est large : selon le budget, selon ce qu’on aime… des vins très fruités comme des vins plus “costauds”.

 

My Job Glasses : Vous exercez ce métier depuis longtemps ?

Claire Reynes : J’exerce depuis 20 ans. La propriété a 25 ans : c’est une propriété que mon père avait montée par passion, par envie de partager une culture, le terroir, des valeurs. 

 

Moi, je suis issue du monde du haut niveau en athlétisme. J’ai fait mes études à Montpellier, à l’UFR STAPS. J’ai enseigné deux ans au collège. Mais j’ai perdu mon père en 2005, et j’ai donc abandonné le monde du sport et de l’enseignement pour reprendre la propriété.

 

My Job Glasses : Vous vous êtes lancée sans formation préalable ? 

Claire Reynes : Mon père m’a accompagnée pendant un an, quand il a été malade. Il m’avait montré un cycle complet : vignes, parcelles, clients… Il est parti à la fin des vendanges. Ensuite j’ai fait un BPREA (Brevet Professionnel Responsable d’Entreprise Agricole, ndlr), obligatoire pour reprendre. 

 

Ce que je regrette, c’est qu’après l’école, on est livré à nous-mêmes. J’aurais aimé un accompagnement plus accessible, parce que j’ai fait énormément de choses “sur le tas”, et que quand on se trompe, financièrement, il y a forcément des répercussions.

 

My Job Glasses : Un exemple d’erreur ayant eu des répercussions ?

Claire Reynes : Par exemple, labourer à un endroit où ça ne passe pas. Résultat : le tracteur bascule. Ou encore ne pas sulfiter en vinification et les conséquences sont immédiates. Mais on comprend vite, et la fois d’après on ne le fait plus.

“Le but, c’est de faire quelque chose qui est à son image et à son échelle”

My Job Glasses : Et aujourd’hui, après 20 ans, quel bilan tirez-vous de ce changement de parcours ?

Claire Reynes : C’est une expérience exceptionnelle. Ce qui compte, c’est que l’exploitation, ou n’importe quel métier d’ailleurs, fasse sens. Que ça corresponde à nos valeurs et à nos projets. Le but, c’est de faire quelque chose qui est à son image et à son échelle.

 

My Job Glasses : Concrètement, à quoi ressemblent vos journées ? 

Claire Reynes : Quand on est entrepreneur, on n’a pas de planning type, et encore moins en étant seule. Je me lève à 6h. Le matin je suis déjà dans les papiers pour organiser ce que je n’ai pas terminé. J’amène ma fille au bus et j’attaque à 7h. Une journée peut être consacrée à préparer une mise en bouteille, à travailler les vins, à préparer les bouteilles, à gérer des mailings… Je peux recevoir un transporteur, aller voir vite fait dans les vignes si tout se passe bien. C’est très varié, très enrichissant. J’essaie de finir vers 18h30, mais parfois il arrive que je finisse plus tard.

 

“Au bout de 20 ans, j’ai fait mes preuves”

My Job Glasses : Selon vous, quelles compétences faut-il pour exercer votre métier ?

 

 

Claire Reynes : La persévérance et l’envie. Mon avantage, c’est que je viens du sport. Et je pense que quand on fait quelque chose avec passion, que ça donne du sens, qu’on est motivé par son propre projet, on est capable d’aller au bout.

 

Après, il faut être précis et pointu, parce qu’en tant qu’exploitante, on touche à tout. Il faut être aussi bon tractoriste que vinificateur, que commercial. Je ne viens pas du monde de la commercialisation, mais quand on aime ce qu’on fait, les gens adhèrent. 

 

My Job Glasses : Être une femme dans un monde à prédominance masculine, est-ce que cela a été un défi particulier ?

Claire Reynes : Je pense qu’en tant que femme dans le monde viticole, il faut faire ses preuves. Mais je pense aussi qu’un homme doit les faire, juste de façon différente. Au bout de 20 ans, j’ai fait mes preuves : je suis installée, la propriété tourne bien, je fais des salons, ça fonctionne. C’est une question de légitimité : savoir si on est capable de gérer une entreprise, viticole ou autre.

 

My Job Glasses : Sur quoi on vous attend davantage, en tant que femme ?

 

 

Claire Reynes : La robustesse, l’assiduité… On m’attendait sur le travail de la vigne et sur la longévité de l’exploitation. Ça reste un métier masculin. 

“Je suis très sollicitée, les gens connaissent la propriété. C’est un bel aboutissement”

My Job Glasses : Quelle est aujourd’hui, votre plus grande satisfaction ?


Claire Reynes : Elle vient des clients. Quand je repars en salon et que les clients sont là, me suivent, aiment ce que je fais… Et puis voir tout le chemin parcouru depuis 20 ans. Au début, la structure était petite : 10 hectares, une maison d’exploitation et une cave. Maintenant, j’ai un gîte, des soirées d’animation : je reçois parfois plus de 200 personnes l’été. Je reçois aussi beaucoup de groupes, je fais des vins d’honneur. Je suis très sollicitée, les gens connaissent la propriété. C’est un bel aboutissement.

My Job Glasses : Les problèmes climatiques sont de plus en plus fréquents. Comment y faites-vous face ? 


Claire Reynes : Pour l’année 2025, c’est justement compliqué : la récolte est petite, à cause de deux pics de chaleur l’été dernier, donc j’ai une demi-récolte. Je réfléchis à travailler davantage le sol sous l’interligne, à mettre de l’irrigation. Aujourd’hui, le monde va vite : il faut vite rebondir et s’adapter. Et je pense que la diversification, sur les petites structures, c’est très important. 

 

My Job Glasses : Le monde agricole est souvent critiqué, entouré de stéréotypes. Qu’en pensez-vous ?

 

 

Claire Reynes : J’aime bien quand les gens viennent chez moi : j’accueille aussi des camping-cars, je fais des visites de cave. J’explique mon mode de vie, parce que les gens ont beaucoup d’idées, mais ce n’est pas toujours les bonnes. Quand on ne sait pas, c’est bien d’aller s’informer plutôt que de parler sans être au courant.

“Je suis ravie de faire de l'accompagnement de jeunes ou de personnes en reconversion”

My Job Glasses : C’est pour cela que vous avez choisi d’être ambassadrice sur My Job Glasses ? 

 

Claire Reynes : Oui, c’est pour ça que je trouve que My Job Glasses est vraiment intéressant. Je suis ravie de faire de l’accompagnement de jeunes ou de personnes en reconversion et de faire partie des ambassadeurs de votre site. My Job Glasses, c’est quelque chose qui donne du sens. 

 

Hier, par exemple, j’étais sur une grosse exploitation. Moi, je suis restée à une petite échelle mais c’est bien de pouvoir expliquer qu’il y a également la possibilité de se diversifier. C’est ça que j’essaie d’expliquer aux jeunes qui se lancent : en fait, le but, c’est de faire quelque chose qui est à son image et à son échelle. On a des exploitations qui nous correspondent. 

 

My Job Glasses : Pour ceux qui souhaitent suivre vos traces, quels sont les conseils que vous leur donnez ? 

Claire Reynes : D’abord, de bien ficeler leur projet. Et se demander : qu’est-ce qui te plaît ? Qu’est-ce que tu aimes vraiment ? Les valeurs ? Gérer une exploitation ? C’est très large.
Moi, si on m’avait transmis uniquement des vignes sans cave, je pense que je ne l’aurais pas fait. Je suis vigneronne parce que j’aime créer des produits, vinifier et commercialiser. Donc il faut cibler ce qu’on aime faire et ce qui nous fait vibrer.

 

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