À 27 ans, Alex est ingénieur IA au sein de l’AMIAD, l’agence ministérielle d’IA de défense. Contractuel depuis octobre 2024, il y développe des algorithmes au service des armées, de la lutte anti-drone à la robotique, en lien étroit avec les forces militaires et la Direction Générale de l’Armement (DGA). Entre développement, tests en hangar et campagnes d’expérimentation sur terrain militaire, il raconte au micro d’Emilie Korchia, CEO de My Job Glasses, un métier “hyper intense ». L’enjeu est grand : il s’agit de produire nos propres solutions d’IA pour garantir la maîtrise et la souveraineté de l’intelligence artificielle.
“Quand j’étais petit, je voulais conduire des pelleteuses. Donc j’ai beaucoup évolué depuis », plaisante Alex, 27 ans. Cet ingénieur IA travaille au ministère des Armées depuis octobre 2024, et plus précisément à l’AMIAD (Agence ministérielle pour l’IA de Défense). Il est ce que l’on appelle Civil de la Défense. Pas d’uniforme, donc, mais une collaboration étroite avec ses collègues militaires.
À l’aise dans les matières scientifiques au lycée, Alex se voit très vite ingénieur. Il fait alors le choix d’une prépa intégrée. Admis à l’INSA de Lyon, il entame deux années généralistes durant lesquelles il explore l’ensemble des disciplines de l’ingénierie. Il commence à “toucher un petit peu à l’informatique et à l’IA. ”
Un département attire rapidement son attention : la bioinformatique et modélisation. Un cursus à la croisée de la biologie et de l’intelligence artificielle, qui ne se limite pas à l’IA mais l’intègre comme un outil central. “Ça me passionne”, résume-t-il. Il s’y engage pour trois ans, une période durant laquelle il réalise l’ensemble de ses projets en intelligence artificielle : d’abord en “bricolant” des solutions très manuelles, puis progressivement à travers des projets plus aboutis et une première expérience de stage.
Un sujet "hyper concret” en pleine période Covid
Celui-ci va jouer un rôle décisif dans son orientation. Alex travaille alors sur “la segmentation de vaisseaux sanguins pour des poumons de patients atteints du Covid”. Un projet appliqué, ancré dans le réel. “C’était un sujet hyper concret. On fait un papier et une conférence un peu après.” Alex est payé pour continuer à travailler dessus l’année suivante. À ce moment-là, tout devient clair : “Là, je sais que je veux faire de l’IA.”
Il poursuit alors son parcours professionnel d’abord au CNRS, où il travaille sur le développement d’outils d’analyse d’images de microscopie, puis à Singapour, dans un laboratoire académique où il exerce avec une grande autonomie. Une expérience enrichissante, mais marquée par l’éloignement. À la fin de son CDD, le mal du pays l’emporte et le pousse à rentrer en France.
Alex passe alors des entretiens au ministère des Armées. Il y trouve ce qu’il cherchait jusque-là : un impact concret et un accompagnement solide. Il rejoint l’AMIAD en 2024, quasiment au moment de sa création. Sa mission est alors clairement définie : “Être le pôle d’expertise sur les questions d’intelligence artificielle”, mais surtout “produire des algorithmes”.
L’objectif est assumé : “On veut être souverain. On veut que les armées disposent d’outils souverains. C’est vraiment pour qu’on ait la maîtrise et la souveraineté de l’intelligence artificielle.”
Un projet de lutte anti-drone : capteurs, détection, déploiement embarqué
À l’AMIAD, Alex détaille une réalité structurante de son métier : “On ne travaille jamais seul’, assure-t-il. L’un des premiers projets sur lesquels il intervient en est un exemple concret : un projet de lutte anti-drone.
Son rôle consiste alors à travailler sur “le recueil des bases de données et l’entraînement d’un modèle de détection de petites cibles sur des capteurs vision”. Un travail très technique, qui ne prend sens que dans un dispositif collectif plus large. Autour de lui, certaines équipes développent les briques de tracking, d’autres conçoivent les interfaces utilisateurs, tandis que d’autres encore adaptent les algorithmes aux contraintes opérationnelles, en les “compactant pour les rendre le plus efficaces possible sur un calculateur embarqué, intégré à un système d’armes”.
Ces projets se construisent en interaction permanente avec toutes les parties prenantes : “On travaille avec la DGA, avec tout l’écosystème, en fait.”
“Développer une unité robotique de combat” à l’horizon 2027
Parmi les projets qui l’ont le plus marqué, Alex cite sans hésiter une grande campagne d’expérimentation menée sur le terrain.”C’était sur un terrain militaire, sur un sujet de robotique passionnant”, raconte-t-il. Une période particulièrement exigeante, “excessivement intense.”
Ce travail s’inscrit dans une ambition de long terme : “Développer une unité robotique de combat, avec un prototype à l’horizon 2027 pour l’armée de terre”. L’objectif n’est pas de déléguer la décision à la machine, mais de construire une capacité maîtrisée, de créer “une unité robotique avec des robots qui vont interagir et disposer d’une autonomie suffisante pour accomplir des missions minimales”.
Tout en respectant une limite claire : “On est en France, on garde le contrôle. On ne va pas avoir un robot tout seul, 100 % autonome.”
Dans ce dispositif, Alex intervient sur un enjeu clé : la navigation. Son rôle est de s’assurer que, lorsqu’un système reçoit une instruction, il est capable de gérer les contraintes du terrain, qu’il s’agisse d’un fossé, d’un mur ou d’un obstacle. “Je développe les algorithmes et je coordonne le développement”, explique-t-il.
Un travail qui dépasse largement le code : “Il y a aussi de la conduite d’expérimentation, de la prescription de marché, de l’interaction avec des industriels. En France, on a des talents incroyables, il ne faut pas croire. Même en robotique, on a des petites boîtes qui sont géniales. Il faut interagir avec elles, les motiver, les financer, trouver celles qui sont sérieuses.”
“On est en déséquilibre avant” : expérimenter pour mieux avancer
D’après Alex, la méthode de l’AMIAD repose sur l’expérimentation continue. “On avance, on expérimente et on progresse par itération”, résume Alex. Un choix assumé, directement lié à la nature même de l’intelligence artificielle : “C’est un domaine qui évolue très vite. Je ne peux pas faire un programme sur quinze ou vingt ans.”
Alex n’idéalise pas pour autant toutes les facettes du métier. “Ça m’amène aussi à remplir des documents, à expliquer les mesures de sécurité que je prends pour que personne ne se fasse écraser par un robot autonome devenu fou furieux”, plaisante-t-il.
Mais c’est aussi l’adaptation permanente qui donne tout son sens au travail : “On a des imprévus, on change le planning, on s’adapte… et ça, c’est passionnant.”
Lors des grandes campagnes d’expérimentation, l’ampleur est considérable : “Une cinquantaine de personnes impliquées côté AMIAD, à peu près autant du côté de l’armée de terre”, auxquelles s’ajoutent “entre 50 et 100 industriels présents en même temps”. Le rythme est lui aussi particulier : “Une première semaine d’expérimentation, une semaine entre les deux pour ajuster, puis une deuxième semaine d’expérimentation.”
Une journée type entre développement, tests et terrain
En dehors des phases de terrain, le quotidien d’Alex reste très structuré. Le matin, “j’ouvre ma boîte mail, ça ne me prend généralement pas plus d’une heure”, explique-t-il. La matinée est ensuite consacrée au cœur de son métier : du développement, de l’algorithmique et de l’entraînement de modèles. L’après-midi peut quant à elle être consacrée aux tests : “Je vais dans notre hangar de développement de robotique pour tester ce que j’ai développé.” La journée se termine entre 17 et 18 heures.
Pour Alex, la force de l’AMIAD repose sur la diversité des profils. “On a des développeurs front et back, des ingénieurs IA avec différentes spécialités : IA embarquée, capteurs, modèles de fondation”. À cela s’ajoutent des experts de l’infrastructure : “Différents clusters de calcul, parce que la puissance de calcul, c’est hyper important.”
À ceux qui se demandent s’il est possible de rejoindre l’AMIAD en début de carrière, Alex répond sans détour : “On a embauché pas mal de juniors, donc oui”. Toutefois, rappelle-t-il, l’accès se joue en grande partie “sur l’entretien technique”, avec une attente forte sur la maîtrise des fondamentaux.
“Ça devient de plus en plus facile d’avoir les bons mots-clés sans savoir comment ça se passe à l’intérieur”, observe-t-il. Or, dans un environnement où les équipes sont régulièrement amenées à “faire des modèles” et, dans certains cas, à “modifier l’architecture” pour des raisons de souveraineté, la compréhension en profondeur des outils reste, selon lui, indispensable.
“Mais n’hésitez pas, conclut Alex. Parce que quand vous arriverez là, quand vous exercerez ce métier, vous aurez une légitimité. Et on vous donnera les moyens de faire ce que vous voulez faire. Et ça, c’est génial.”
Pour revoir notre webinaire…
Et maintenant ?
Le parcours d’Alex vous fascine ? L’intelligence artificielle est un secteur qui vous intéresse ? Contactez l’un des ambassadeurs experts en IA sur My Job Glasses et découvrez des métiers d’avenir !