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Comment s’imposer dans des secteurs “masculins”? Ces professionnelles donnent leurs conseils 

Comment s’imposer dans des secteurs “masculins”? Ces professionnelles donnent leurs conseils

Les métiers ont, malheureusement, toujours un genre. En France, 70% des femmes exercent des métiers dits “féminins”, et la mixité dans des secteurs tels que l’industrie ou la tech se fait rare. Certaines femmes exercent pourtant des professions dites “d’homme”, réussissant à s’imposer dans des milieux professionnels qui leur sont souvent fermés. Comment y sont-elles parvenues ? Quelles sont leurs recommandations pour celles qui souhaiteraient suivre leurs traces ? Nous les avons interrogées. 

Elles sont mécaniciennes, ingénieures, militaires, cheffes de chantier. Et pourtant, il est courant de dire qu’elles exercent des “métiers masculins”. 

 

Car en France, même en 2026, les métiers ont toujours un genre.  

 

En témoignent les chiffres de l’Observatoire des Inégalités : plus de 7 femmes sur 10 travaillent dans des métiers féminisés, tels que le soin, les services à la personne, ou les fonctions administratives. À l’inverse, près de 2 hommes sur 3 exercent des métiers “masculinisés”, notamment dans le BTP, l’industrie, le transport ou l’informatique. 

 

Résultat : la mixité reste l’exception et seuls 18 % des salariés occupent un métier réellement mixte. Les femmes sont quant à elles quasiment absentes de certains métiers tels que conducteurs d’engins de travaux publics ou ouvriers de la réparation automobile (à peine 2 %).

“La compétence était encore le meilleur moyen de se faire accepter”

 

Et celles qui se lancent peuvent rencontrer certaines déconvenues. Laurence, missilier-artilleur dans la Marine nationale, découvre ainsi quelques personnes “réticentes” en début de carrière. “Mais ça a été assez fugace, temporise-t-elle. Je me suis plus sentie évaluée en tant que jeune cadre, que jeune officier, qu’en tant que femme. La compétence était encore le meilleur moyen de se faire accepter.”

 

Quand elle débute il y a 18 ans, Aurélie Schweitzer, technicienne principale de maintenance mécanique chez EDF raconte elle aussi avoir “droit à des remarques”. Du genre : “Ça va, la caisse à outils n’est pas trop lourde ? Attention, tu vas te faire mal…” 

 

Selon elle, pour s’intégrer au monde de la mécanique quand on est une femme, “il faut tout le temps prouver qu’on en veut autant que les autres. À force, ça devient presque un réflexe.”

 

Aujourd’hui, Laurence et Aurélie n’ont plus rien à prouver. La première a passé plus de 23 ans dans la Marine, et près de 12 ans en mer. Aurélie, elle, appartient à l’une des trois équipes d’intervention de maintenance mécanique d’Hydro Est. Et elle encourage les jeunes filles à ne pas hésiter à l’imiter. “Si elles ont envie d’exercer ce métier, ça va bien se passer. Dans les métiers techniques et technologiques comme les nôtres, il faut que les filles persévèrent. Moi, je ne regrette pas.”

 

Marion Le Batard, directrice travaux chez Soletanche Bachy, estime quant à elle que l’une des plus grandes difficultés actuelles n’est autre que ce phénomène d’autocensure, ce “frein que se mettent les femmes elles-mêmes. Elles ne s’autorisent pas à poursuivre de tels métiers.”



“Je leur dis qu’il faut apprendre à se faire confiance”

Il faut dire que très vite, les jeunes filles évitent en effet certaines filières. En 2022, une étude pointait une baisse de 28% des effectifs de filles dans les enseignements scientifiques depuis 2019. 

 

L’enseignement supérieur n’est pas en reste. Pour l’année 2023-2024, les femmes représentaient 56 % des inscrits mais étaient nettement sous-représentées en Classes préparatoires de grandes écoles, en IUT (40 %), et plus encore dans les formations d’ingénieurs (30 %).

 

“Le syndrome de l’imposteur touche surtout les femmes, dans tous les métiers, mais encore plus dans les métiers à dominante masculine, ajoute Ambre Payan, elle-même ingénieure logiciel chez Capgemini. Alors je leur dis qu’il faut apprendre à se faire confiance.” 

 

Ambre, qui crée des applications orientées sur la réalité mixte, c’est-à-dire le mélange de la réalité virtuelle et de la réalité augmentée, incite les jeunes filles à ne pas baisser les bras. “Si c’est un domaine qui les intéresse, je leur dis de persévérer. Il ne faut pas se dire que, parce qu’on est une femme, on ne sera pas bonne là-dedans. Je leur dis : si quelque chose te plaît, alors mets la barre plus haut et donne-toi les moyens d’y arriver.

 

Se donner les moyens d’y arriver, cela passe par explorer toutes les possibilités, juge Marion. “Moi, j’ai toujours eu des stages qui m’ont permis de savoir ce que je ne voulais pas faire, se remémore-t-elle. C’est ce que je dis aux jeunes, c’est de faire le plus de stages possible. De se demander qu’est-ce que j’aime, qu’est-ce que je n’aime pas. Je les pousse à mieux profiter du temps qu’ils ont pour tester et aller dans plein de directions. Ça permet de refermer le spectre des choix.”

 

Il y a tout de même un sentiment d’espoir chez nos interlocutrices. Car les mentalités évoluent, assure Ambre. Et certaines initiatives sont salutaires. “Chez Capgemini, on essaie d’inclure un maximum de femmes avec des initiatives comme Women@capgemini, précise-t-elle. 

 

Ambre estime avoir eu “de la chance.” “Les technologies sur lesquelles je travaille sont relativement récentes et mon équipe est plutôt jeune. On a tous démarré il y a 4 ou 5 ans et il y a de plus en plus de femmes qui arrivent dans l’informatique, ce qui n’était pas forcément le cas il y a 10 ou 20 ans. Dans mon équipe, il y a plusieurs jeunes femmes, même si on n’est pas à 50/50.”

“Je n’ai jamais ressenti de frein dans ma carrière”

Marjolaine Legay, 35 ans, a bâti toute sa carrière dans l’industrie. Ingénieure Avant-Projets chez ArianeGroup, elle s’occupe de la conception de nouveaux propulseurs et doit jongler entre contraintes techniques, impératifs budgétaires et enjeux de défense nationale.

 

“C’est rare qu’il y ait plus de femmes que d’hommes en réunion”, s’amuse-t-elle. Marjolaine aussi sent toutefois une évolution positive des mentalités. “Je n’ai jamais ressenti de frein dans ma carrière. J’ai même été manager pendant quatre ans, quelques mois seulement après mon retour de congé maternité. ArianeGroup est une grosse entreprise, les mentalités ont beaucoup évolué. Aujourd’hui, les contraintes familiales concernent autant les hommes que les femmes.”

 

Laurence, n’a, de son propre aveu, jamais abordé sa carrière dans la Marine sous le prisme du genre. “C’est le signe que je suis arrivée à un moment où ce n’était plus si exceptionnel que ça. Quand j’ai choisi cette voie, je ne me suis pas dit : Tiens, tu vas faire un métier de garçon. Je me suis dit que j’allais faire le métier dont j’avais envie. Les équipages sont mixtes depuis longtemps sur les bateaux. “

 

Aux jeunes filles qui l’interrogent, Laurence conseille de ne “rien s’interdire, vraiment”. “Aujourd’hui, quand on est attiré par une carrière militaire dans la Marine, toutes les spécialités, tous les domaines d’emploi sont ouverts aux femmes. Si c’est le canon ou le missile qui, techniquement, vous intéresse, il faut demander à faire cette spécialité-là. Je pense que, vraiment, sur les bateaux, le fait d’avoir des femmes à tous les niveaux de la hiérarchie, jeunes matelots ou commandants de frégate un peu moins jeunes – désolée pour les copines ! -, est une excellente chose. Il ne faut pas s’autocensurer en se disant qu’on n’est pas capable.”



“Je crois beaucoup aux rôles modèles”

Dans la marine nationale, toujours, France, électromécanicienne et recruteuse, assure que la mixité est plus que jamais présente. “Les femmes ne sont pas cantonnées à des postes administratifs. (…) Dans la Marine, il y a aussi des hommes secrétaires !”, plaisante-t-elle.  

 

Entrée dans la Marine il y a 11 ans, France l’assure : il y a beaucoup plus de femmes en 2026 qu’à l’époque. Elle demande donc aux jeunes filles d’explorer toutes les voies qui peuvent les intéresser. “L’électricité, par exemple, ce n’est pas de la mécanique pure. Aujourd’hui, tout est automatisé, on a moins les mains “dans le cambouis” qu’avant. Si une fille aime bricoler et le travail manuel, c’est une expérience unique à vivre.

 

Quant à Marion, elle en est sûre : “Pour moi, les métiers d’hommes, ça n’existe pas. Le secteur que j’ai choisi, la géologie, n’est pas un secteur très féminin, comme toutes les sciences, mais moi je n’ai jamais ressenti que c’était un métier masculin. Les femmes y sont aussi bien accueillies que les hommes.” 

 

Selon elle, il existe toutefois un vrai travail à faire pour inciter les filles à rejoindre ces secteurs. “Je crois beaucoup aux rôles modèles, conclut-elle. C’est un sujet clé pour se sentir représentées. Ce sont les échanges et les dialogues qui permettent de faire évoluer les choses et d’avoir plus de femmes dans ces domaines.”


Et de faire de la mixité non plus une exception, mais une règle. 

Et maintenant ?

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