Pendant longtemps, Alicia a l’impression de passer à côté de sa vie professionnelle. D’abord secrétaire de direction, puis assistante de gestion, elle ne se retrouve pas dans son quotidien. Jusqu’au jour où elle décide de bifurquer. Une première fois pour devenir aide-soignante. Une seconde pour devenir infirmière. À 40 ans, après sept années sur le terrain comme soignante et trois années d’études financées par l’AP-HP, elle exerce aujourd’hui dans un service de chirurgie digestive oncologique. Pour la première fois, elle a le sentiment d’être exactement là où elle doit être. À l’occasion d’un webinaire organisé par My Job Glasses, Alicia a détaillé son parcours et ses deux reconversions.
Quand elle débute sa vie professionnelle, Alicia suit une voie assez éloignée du soin. Elle prépare un BEP secrétariat, puis travaille comme secrétaire de direction et assistante de gestion dans différentes entreprises. Une trajectoire stable, qui ne l’épanouit pas vraiment. Avec le temps, le malaise devient plus clair : elle ne trouve pas de sens profond à ce qu’elle fait.
“Je ne me sentais pas utile avant en fait, raconte-t-elle. J’avais besoin de prendre soin des autres. J’avais besoin de me dire que ce que je faisais, ça allait servir aux autres.”
Un métier qui a du sens, voilà ce à quoi elle aspire, comme bon nombre de jeunes actifs. Plus jeune, Alicia était sensible aux métiers du soin. “Ma grand-mère était très malade. Elle avait un cancer des os et à l’époque, ma mère s’occupait d’elle en tant que tierce personne. (…) Je m’étais toujours dit que c’était des métiers qui m’attiraient.”
Aide-soignante, le premier virage
Quand Alicia envisage sa reconversion, elle le sait très bien : elle part avec plusieurs freins. Elle n’a pas le bac, a quitté l’école depuis longtemps et ne connaît “absolument rien à l’hôpital”. Mais au lieu de renoncer, elle choisit une première étape. Elle sera aide-soignante.
“Je me suis dit qu’être soignante, c’était un bon compromis.” Avant d’intégrer la formation, elle reprend les bases. Français, mathématiques, biologie. Une remise à niveau pour se remettre en mouvement, puis le concours. Le déclic est immédiat. Dès les premiers stages, Alicia comprend qu’elle ne s’est pas trompée. “Quand j’ai fait mes premiers stages, et que je suis rentrée à l’école d’aide-soignante, là, je me suis dit : ok, je ne me suis pas trompée, c’est ce que je voulais faire.”
Alicia exerce comme aide-soignante pendant sept ans. Cinq ans aux urgences, puis deux ans en salle de surveillance post-interventionnelle, en SSPI. Sept années denses, exigeantes, pendant lesquelles elle apprend le soin réel, celui du quotidien, du lien, de l’observation, de la présence. “Les gens vont vous dire : oui, mais aide-soignante, c’est seulement faire des changes. Non, c’est pas que ça. Il y a aussi ce regard sur le patient. C’est un travail en collaboration avec l’infirmière.”
“Je me suis sentie coincée” : le moment où il a fallu aller plus loin
À force de travailler aux côtés des infirmières, Alicia observe, comprend, s’intéresse. Elle ne se contente pas d’exécuter. Elle veut élargir son champ d’action. Peu à peu, son besoin d’évoluer devient impossible à ignorer. “Je me suis sentie frustrée de ne pas pouvoir faire plus pour les patients. À un moment, je me suis sentie coincée.”
Ce qu’elle cherche, ce n’est pas à quitter le soin, bien au contraire. C’est à y prendre une autre place. Celle qui permet davantage de gestes techniques, davantage de responsabilités, davantage de marge d’action dans la prise en charge des patients.
Lorsqu’elle se présente au concours infirmier, Alicia essuie un jugement brutal. On lui reproche de ne pas avoir le bac. On lui dit qu’elle n’y arrivera pas. Qu’avec trois enfants, ce sera trop compliqué. Mais Alicia a déjà sept ans de terrain derrière elle. Et surtout, elle a de la détermination.
À l’AP-HP, où elle travaille depuis 2015, elle peut passer un concours interne. Elle le réussit. Mieux encore, l’institution finance ses trois années d’études et lui permet de conserver son salaire pendant toute la formation. “Ils m’ont payé l’école et en plus j’ai pu conserver mon salaire d’aide-soignante. C’est quand même un véritable atout.”
Entre 2022 et 2025, Alicia reprend donc ses études d’infirmière. Trois années exigeantes, qu’elle mène de front avec sa vie de famille. Et le résultat balaie tous les préjugés. “Je termine avec une moyenne de 17 sur les trois années. Pas de rattrapage.”
Infirmière depuis six mois dans un service “ultra technique”
Depuis juillet 2025, Alicia est donc infirmière. Elle exerce depuis un peu plus de six mois dans un service de chirurgie digestive oncologique. Un univers très spécialisé, centré notamment sur les cancers du foie, du pancréas, des voies biliaires ou du côlon, avec des patients parfois très lourds, fragiles, suivis dans la durée ou admis après des complications post-opératoires.
Ce poste, elle ne l’avait pas forcément imaginé. Venue des urgences et de la salle de réveil, elle craignait de ne pas s’y retrouver. “J’avais peur de m’ennuyer. Bon, ce n’est absolument pas le cas”, plaisante-t-elle.
Ce qu’elle découvre, c’est au contraire un service où la surveillance post-chirurgicale est capitale. “On a un rôle très important surtout post-chirurgical, où on surveille les patients de façon très accrue, parce que les risques post-opératoires sont énormes.”
Perfusions, bilans sanguins, drains, transfusions, pansements, soins stériles, chambres implantables, cathéters centraux : le quotidien est dense “C’est un service ultra technique”, résume Alicia.
La technique, oui, mais le relationnel aussi
Technique, oui, mais aussi humain. Expliquer, rassurer, instaurer la confiance, accompagner un patient dans un moment de vulnérabilité, tout cela fait également partie intégrante du métier. “Le relationnel est un soin en soi”, rappelle Alicia.
C’est aussi ce qui le rend émotionnellement exigeant. Dans un service où l’on suit des patients atteints de cancers lourds, où les rechutes existent, où les décès ne sont pas rares, la bonne distance n’est jamais simple à trouver. “On crée des liens, vous rentrez un peu dans leur vie, ils rentrent un peu dans la vôtre.”
Pour tenir, Alicia s’appuie sur ce qui fait aussi la force du soin hospitalier : le collectif. Elle parle des collègues, des relais, des espaces de dialogue au travail, de cette possibilité de dire quand une situation devient trop difficile. “C’est ça qui est important dans ce métier, c’est qu’il y a quand même cet esprit d’équipe.”
À celles et ceux qui hésitent, Alicia adresse un message très clair : la reconversion est possible, y compris sur le tard, même avec une vie déjà bien remplie. Elle encourage ainsi les jeunes avec qui elle échange sur My Job Glasses à suivre leur instinct. “Si vraiment c’est ce qu’ils ont envie de faire, sincèrement, il n’y aura aucun problème. Il faut qu’ils se lancent.”
Car Alicia, elle, ne regrette rien : “Mon métier, c’est ma passion”, dit-elle. “Je vais tous les jours au travail avec le sourire.”
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Et maintenant ?
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