Noéline se voyait professeur d’anglais ou d’espagnol. Mais en cours de carrière, elle a un déclic : ce qu’elle préfère, c’est la présence des tout-petits. Aujourd’hui, elle travaille chez Mousseline et Caramel, une crèche intercommunale de la banlieue de Toulouse, où elle exerce comme auxiliaire de puériculture. Son parcours, loin d’être improvisé, raconte surtout une chose : parfois, on ne change pas complètement de voie, on change seulement de public.
“Moi, je voulais être professeur d’anglais ou d’espagnol,” se remémore Noéline. Elle enseigne d’abord le français à l’étranger, dans des pays non francophones. Mais l’expérience ne produit pas exactement l’effet escompté. Le problème n’est pas la transmission, ni même la pédagogie. Le problème, dit-elle en substance, c’est le public. “Les adolescents et les adultes, je trouvais que c’était compliqué de communiquer avec eux, de les motiver.”
“J'ai eu le déclic (...), j’avais une certaine facilité à communiquer avec les tout-petits”
Le basculement de Noéline se fait à Londres, dans un jardin d’enfants où elle doit donner cours à des enfants en bas âge. “J’ai eu le déclic parce que je me suis rendue compte qu’enseigner à des adolescents et des adultes, c’était beaucoup plus difficile, et que j’avais une certaine facilité à communiquer avec les tout-petits.”
En Angleterre, explique Noéline, on peut intégrer un secteur par expérience, puis se former ensuite. En France, le cadre est plus verrouillé. “Si vous n’avez pas un CAP petite enfance, vous ne pouvez pas travailler directement dans les crèches”, déplore-t-elle.
À son retour en France, Noéline s’inscrit donc à Pôle emploi (devenu France Travail), ainsi qu’à un CAP petite enfance. Ce passage par un nouveau diplôme ne la freine pas. “Moi j’aime bien étudier. Je continue toujours d’ailleurs. Je ne m’arrête pas.” Ses compétences en langues lui ouvrent une place assez naturelle dans les crèches bilingues. “Le but c’est de prendre soin des enfants, de s’assurer de leur bien-être physique et psychique au quotidien.”
Au bout de plusieurs années, ce ne sont ni le métier – que Noéline adore – ni les structures qui posent problème. C’est la logistique. Pour rejoindre ses crèches bilingues, Noéline passe une heure et demie matin et soir sur la route. “Il fallait être motivé quand même”, se souvient-elle. “Travailler à 10 minutes de la maison, c’était même pas négociable.” Elle quitte donc les crèches bilingues pour une structure plus proche de chez elle, mais aussi plus classique.
Depuis trois ans, elle travaille chez Mousseline et Caramel, qui accueille 52 enfants, répartis en sections, avec un taux d’encadrement d’un adulte pour six enfants. L’équipe compte 21 salariés. Un cadre collectif, structuré, où le quotidien demande autant de constance que d’adaptation.
Comment ça marche, une journée en crèche ?
Le métier, vu de loin, est souvent résumé à quelques images rapides : jouer, changer des couches, surveiller la sieste. Dans les faits, le quotidien est plus dense. “J’accueille les enfants avec leurs parents. Après, j’aide à la séparation.”
Viennent ensuite les activités : dessin, pâte à modeler, parcours de motricité. Puis les changes, l’aide aux repas, l’accompagnement à la sieste, les petits bobos à gérer, la présence continue. “Le stéréotype clé c’est quand on s’amuse, nous ne travaillons pas, nous nous amusons.” Oui, il y a du jeu. Oui, il y a de l’animation. Oui, une journée en crèche doit produire du bien-être. Mais cela ne retire rien à la technicité d’observation que demande le poste.
“On essaie de développer le langage. Un enfant qui ne parle pas à un an, ça va. Mais s’il a un an et demi et qu’il ne dit absolument rien, on commence à s’inquiéter. Ou même un enfant qui ne fait pas certains petits mouvements vers 4 ou 5 mois, qui ne se tourne pas du dos au ventre et inversement, ça nous préoccupe, même si chacun évolue à son rythme. Nous sommes des observatrices, assure Noéline. Nous relevons des informations qui nous préoccupent, mais que les parents trouvent parfois exagérées, parce que c’est un métier du sanitaire. Nous travaillons avec des infirmières, des médecins, et on essaie de suivre le développement moteur, psychologique, ainsi que la motricité fine des enfants.”
Patience, bon sens, sang-froid
Pour être auxiliaire en puériculture, Noéline estime qu’il faut ainsi avoir certaines qualités. “Il faut être patient et un peu tenace aussi parce que les enfants sont quand même terriblement coquins”, plaisante-t-elle. Elle insiste aussi sur la nécessité d’analyser les situations avec recul. Écouter les enfants, bien sûr. Les croire aveuglément, non. “On écoute, on étudie la situation, on en discute entre collègues et après on avise.” Une façon de rappeler qu’en petite enfance, la vigilance n’autorise ni la naïveté ni les conclusions hâtives.
“Il faut être en bonne forme physique et psychologique”, ajoute Noéline.”Il faut se baisser, être à genoux, porter les enfants, même faire de la manutention pour ranger les cartons de couches, les produits d’entretien ou même juste pour le repas des enfants. On a des petits chariots mais tout est à la taille des enfants. On a mal au dos !”
Un métier en perpétuelle évolution
S’il y a un point qu’elle dit avoir découvert un peu tard, c’est la relation avec certains parents. Parfois conflictuelle. “Ce que j’aurais aimé savoir à l’époque, c’était à quel point il vaut mieux éduquer les enfants que les parents.”
Certains parents peuvent être “difficiles et exigeants”, dit-elle, avec parfois l’impression que tout leur est dû. Il faut alors tenir une ligne de conduite, rester diplomate, faire passer les messages sans rompre la relation. Un exercice moins visible que le soin quotidien, mais très présent dans la réalité du poste.
Après quinze à vingt ans d’expérience, Noéline estime que son métier a évolué. “Il faut rester à la page et transmettre des valeurs classiques mais actualisées”, résume-t-elle. Les codes changent, les attentes aussi, et il faut continuellement ajuster sa manière de communiquer, de transmettre, d’accompagner. “Ça passe par une communication qui doit être claire et compréhensible de tous.”
Un métier de vocation, pas un métier pour faire fortune
Quand elle échange avec des jeunes sur My Job Glasses, une question revient souvent : celle du salaire. “Si on n’a pas la vocation, il ne faut pas chercher à se faire de l’argent dans ce métier-là”, tranche-t-elle. Noéline donne des repères concrets. Elle a commencé au niveau du SMIC il y a une quinzaine d’années. Aujourd’hui, avec quinze à vingt ans d’expérience, elle dit être “à presque 2000 euros net par mois”. Une débutante, selon elle, touchera “peut-être 1450 euros net”. Pour aller plus haut, il faut ensuite évoluer vers des postes de direction adjointe, de direction de structure, ou changer de fonction.
Le métier n’est donc pas à vendre sur une promesse salariale. En revanche, il recrute. À Toulouse, Noéline parle même d’une pénurie d’auxiliaires de puériculture et d’éducatrices de jeunes enfants. Très active sur My Job Glasses, Noéline espère donner ce qu’elle n’avait pas réussi à trouver à l’époque de sa reconversion. “Je cherchais des témoignages. Et je ne trouvais personne. Moi je ne suis pas comme ça. J’aime aider les gens.”
Résultat, elle a déjà échangé avec une soixantaine de personnes, étudiants ou adultes en reconversion, venues chercher une vision plus concrète du métier. “Moi, je vous invite tous et toutes à faire mon métier parce que c’est passionnant. C’est un métier qui recrute, et qui recrutera toujours.”
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