Laurent, opérateur en centrale nucléaire sur le site du Tricastin, exerce depuis 19 ans chez EDF. Parti d’un DUT et d’une curiosité toute simple, il a gravi les échelons en interne, de technicien d’exploitation à opérateur, en passant par presque deux ans de formation sur simulateur. Lors d’un webinaire animé par Émilie Korchia, CEO de My Job Glasses, en partenariat avec France Travail, Laurent a ouvert les portes d’un métier peu connu, exigeant, et qu’il pratique avec une passion rare. Son message aux candidats en reconversion ou en recherche d’emploi est simple : postulez !
Il habite à côté depuis toujours. La centrale du Tricastin, Laurent la voit quand il prend l’autoroute. Il en entend parler autour de lui. Mais en première année de DUT, quand il doit choisir un sujet de projet à présenter à l’oral, il réalise qu’il ne sait pas vraiment comment elle fonctionne. Ce projet-là va changer le reste de sa vie.
Fils de la région, Laurent passe un bac STI G électrotechnique, puis un DUT (aujourd’hui appelé BUT) en génie électrotechnique et informatique industrielle à Salon-de-Provence. Pas de vocation particulière, mais un attrait constant pour l’électricité, l’énergie, l’industrie.”Je n’avais pas d’idée précise de métier, mais j’ai toujours aimé tout ce qui tourne autour de l’électricité”, se remémore-t-il.
“Un environnement hyper structuré, hyper calme. J'ai dit : mais ça a l'air génial”
En deuxième année de DUT, il lui faut un stage. C’est tout naturellement qu’il candidate à la centrale. Il est pris. Dès la première semaine, lors de la visite d’accueil, il passe devant la salle de commande d’une unité de production.
Ce qu’il voit le stoppe net : une pièce immense, des boutons partout, des synoptiques, des alarmes qui clignotent. Et au milieu de tout ça, deux ou trois personnes, dans un calme absolu. “C’était comme un cockpit d’avion, mais en fois vingt fois plus grand. Un environnement hyper structuré, hyper calme. J’ai dit : mais ça a l’air génial.”
Il se renseigne. Le poste d’opérateur recrute des bac +2, avec une orientation électricité, automatisme, industrie. Son profil correspond. Une annonce paraît dans La Provence et à l’ANPE (ancêtre de France Travail, ndlr). Il envoie son CV, sa lettre de motivation, ses bulletins scolaires jusqu’en première. Trois passages dans un cabinet de recrutement à Marseille, puis des entretiens sur site. En 2007, il est recruté.
Sept ans technicien, deux ans en formation : son chemin vers la salle de commande
Laurent ne rejoint pas directement la salle de commande. Il commence comme technicien d’exploitation, et le restera pendant sept ans. Un passage presque obligatoire, explique-t-il, mais surtout une période fondatrice. “Le technicien fait à peu près la même chose que l’opérateur, mais sur l’installation. Il connaît les circuits, les matériels, les essais périodiques. Il apprend à connaître la centrale dans ses moindres recoins.”
Quand vient le moment de postuler au poste d’opérateur, la formation qui suit est longue et exigeante : huit mois de théorie sur les systèmes de régulation, les consignes, le fonctionnement du réacteur, avec des semaines alternées entre le centre de formation de Bugey (près de Lyon) et son équipe sur site. Puis vient le simulateur.
Sur le site du Tricastin, comme sur chaque centrale EDF, il existe un simulateur pleine échelle : une réplique exacte de la salle de commande, où les futurs opérateurs rejouent des scénarios réels. La formation se déroule en trois étapes : conduite normale, conduite perturbée, conduite accidentelle. À chaque étape, une évaluation, précise-t-il : “Si je rate, je perds mon habilitation. Je dois tout reprendre.”
Cette habilitation, Laurent la remet en jeu tous les deux ans, devant le directeur d’unité. Et chaque année, douze jours de simulateur minimum sont obligatoires. Comme les pilotes de ligne.
Pilotage, surveillance, essais
Concrètement, que fait un opérateur en centrale nucléaire ? Laurent résume son métier en trois grandes missions. La première, c’est le pilotage. C’est le RTE (le gestionnaire du réseau électrique français) qui envoie chaque jour un programme de production. Si le réseau demande 100 % de puissance, la centrale produit à 100 %. Si la demande baisse à 50 %, les opérateurs adaptent. Pour cela, ils agissent directement sur la réaction nucléaire : “On fait de la fission, on casse des atomes d’uranium avec des neutrons, et pour contrôler ça, on maîtrise la population de neutrons. On a plusieurs moyens pour le faire.”
La deuxième mission, c’est la surveillance. Toutes les vingt minutes, des paramètres vitaux sont vérifiés. Toutes les deux heures, des relevés complets : pressions, débits, températures, intensités. Des techniciens font des rondes sur l’installation. Tout remonte en salle de commande.
Et enfin, viennent les essais périodiques. Dans une centrale, les systèmes critiques sont doublés, parfois triplés, c’est ce qu’on appelle la redondance. Chaque mois, tous les deux ou trois mois selon les circuits, il faut tester que les systèmes de secours sont opérationnels. “On ne peut pas se permettre d’avoir une panne sur le refroidissement sans avoir un circuit de secours prêt à prendre le relais.”
Le rythme des 3×8 : des contraintes réelles mais aussi des avantages
La centrale tourne 24h/24, 7 jours sur 7, jours fériés inclus. Laurent travaille en 3×8 : sept jours de travail consécutifs, avec des matins, des après-midis et des nuits dans le même cycle. Puis cinq à sept jours de repos. Dont, après le week-end de nuit (vendredi, samedi, dimanche de nuit), une semaine entière sans travailler pour se recaler.
“Les 3×8, ça a un impact sur la vie de famille, sur le rythme biologique, sur la vie sociale. Ça se gère, mais ça ne se gère pas à la légère”, juge-t-il. Il insiste sur les bénéfices concrets que ce rythme apporte : “Quand tout le monde travaille, vous êtes libre. Vous pouvez aller faire du sport, régler vos démarches administratives, voir votre famille en semaine. C’est vraiment appréciable”, se réjouit-il.
"Vous ne risquez rien à envoyer votre candidature 30 fois"
En presque vingt ans, Laurent a vu son équipe changer. Il travaille aujourd’hui avec des techniciennes, des opératrices, des ingénieures. De plus en plus de femmes. “EDF met le maximum pour être une entreprise inclusive. Les mentalités ont évolué.”
Ce que Laurent apprécie particulièrement, c’est la variété des personnes avec qui il échange.
“On a des gens qui sont entrés avec un CAP. On a tous les profils”, assure-t-il. Et si vous n’avez pas encore de réponse à votre candidature, aucun problème. “Je dis aux gens : harcelez ! Vous ne risquez rien à envoyer votre candidature 30 fois. Les besoins évoluent, les sites évoluent. Ne lâchez rien.”
Pour revoir notre webinaire…
Et maintenant ?
Le parcours de Laurent vous inspire ? Vous souhaitez en savoir plus sur les métiers du nucléaire chez EDF ? Des ambassadeurs EDF sont disponibles sur My Job Glasses pour répondre à vos questions et partager leur expérience.