À 25 ans, Timothé est l’une des figures les moins visibles et pourtant les plus stratégiques du nucléaire français. Civil au sein du ministère des Armées, ingénieur sûreté nucléaire à la Direction générale de l’armement (DGA) depuis septembre 2024, il s’assure que les ports d’accueil des sous-marins nucléaires et du futur porte-avion de nouvelle génération répondent aux plus hauts standards de sûreté. Lors d’un webinaire animé par Émilie Korchia, CEO de My Job Glasses, en partenariat avec France Travail, Timothé lève le voile sur un métier rare, riche de sens, et ouvert à bien plus de profils qu’on ne l’imagine.
Quand Timothé obtient son bac, en 2018, il rejoint une classe préparatoire aux grandes écoles. Mais tout ne se passe pas comme prévu : il n’a pas encore de projet professionnel clair et l’année se solde par un échec. Il prend une année sabbatique.
Loin d’être une parenthèse dont il rougit, c’est le début de son aventure professionnelle. En 2019, il s’inscrit en licence de physique généraliste à l’université de Rouen. Et, en 2022, il a une révélation.
“La guerre en Ukraine, la crise du gaz, le nucléaire partout dans les journaux : d'un coup, ça a fait sens”
C’est l’année de l’invasion de l’Ukraine. Le gaz russe ne coule plus. Les menaces nucléaires ressurgissent dans le débat public. Les questions énergétiques envahissent les télés et les radios. Timothé, en dernière année de licence, regarde tout ça de près. “Je me suis dit : je suis à un moment où je dois choisir. Pourquoi pas le nucléaire ?”
Il cherche une formation et trouve le master d’ingénierie nucléaire de Valence, un cursus professionnalisant avec stage en première année et alternance en deuxième. Il postule. Il est pris. Et là, dès le premier stage, tout bascule.
Il est alors au Service d’infrastructure de la défense (SID), sur la base opérationnelle de l’Île Longue, la base qui accueille les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins. Puis son alternance, toujours au SID, mais cette fois à Toulon, au port d’accueil des sous-marins nucléaires d’attaque et du porte-avion Charles de Gaulle.
“Vous ne faites pas du nucléaire pour faire du nucléaire. Vous en faites parce que vous avez besoin de faire les choses bien, correctement. Parce qu’à la fin, ce qu’on veut, c’est ne pas entraver le bon déroulement de la mission de dissuasion, juge-t-il. Quand le président de la République a besoin de son porte-avions, de ses sous-marins nucléaires d’attaque ou de ses lanceurs d’engins, on est capable de les déployer. Donc c’est un métier qui a du sens, finalement.” À l’issue de cette alternance, la DGA lui propose un poste. Timothé dit oui.
Ni militaire, ni fonctionnaire : comprendre ce qu'est un civil contractuel au ministère des Armées
Timothé prend le temps de démystifier quelque chose que beaucoup ignorent : on peut travailler au ministère des Armées sans être militaire, et sans avoir passé de concours de la fonction publique.
Au sein du ministère coexistent ainsi des militaires, issus de la Marine nationale, de l’armée de Terre, de l’armée de l’Air et de l’Espace, et des civils. Parmi les civils, certains sont fonctionnaires titulaires d’un concours. D’autres, comme Timothé, sont contractuels : ils ont signé un contrat avec le ministère, pour une durée déterminée ou indéterminée, comme on le ferait dans le privé. “C’est plus accessible qu’on ne le pense, souligne Timothé. Il n’y a pas de concours à passer pour rejoindre la DGA sur ce type de poste.”
Et concrètement, que fait-il ? La Direction générale de l’armement, fondée sous l’impulsion du général de Gaulle, a pour mission de traduire les besoins opérationnels des armées en réponses techniques et industrielles. Quand la Marine dit « j’ai besoin d’un nouveau sous-marin », c’est la DGA qui pilote : elle identifie les industriels, coordonne les acteurs, vérifie la cohérence. Elle fait ce qu’on appelle du « faire faire ».
Timothé, lui, intervient sur la partie infrastructures. Son rôle : s’assurer que les ports d’accueil des navires nucléaires seront capables de les recevoir dans les conditions de sûreté les plus exigeantes. Parce qu’un sous-marin nucléaire, quand il rentre au port pour maintenance, embarque un réacteur nucléaire miniaturisé à bord. Et avant de toucher quoi que ce soit, il faut que tout soit prêt, vérifié, validé.
“C'est un métier de relationnel autant que de technique”
Le quotidien de Timothé est moins solitaire qu’on ne l’imagine. Il travaille en permanence avec la Marine nationale, avec le SID, avec le Commissariat à l’énergie atomique, avec des industriels privés, avec des experts en incendie, en électricité, en risques sismiques, en changement climatique.“La sûreté nucléaire, ça ne se pratique pas seul dans un bureau. C’est un métier de relationnel autant que de technique”, se réjouit-il.
Son rôle n’est pas d’être sachant de tout. C’est d’avoir une attitude interrogative permanente : poser les bonnes questions, comprendre les réponses, et à la fin, émettre un avis : est-ce que, du point de vue de la sûreté nucléaire, on peut le faire ou pas ?
Et par-dessus tout cela, un interlocuteur particulier : l’Autorité de sûreté nucléaire Défense (ASND), le bras armé du ministre sur les questions d’expertise. C’est elle qui, in fine, autorise ou non les opérations. La DGA doit lui démontrer, dossier après dossier, que ce qu’elle propose est satisfaisant. “Cette autorité de sûreté qui a le pouvoir de nous dire : vous faites ou vous ne faites pas. Et donc ça, c’est aussi la particularité quand vous êtes à la DGA”, poursuit Timothé.
Le jeune homme suit notamment un programme d’une ampleur peu commune : le futur porte-avion de nouvelle génération. Le bâtiment n’est pas encore construit et il n’arrivera pas avant une dizaine d’années. Mais l’accueillir à Toulon, ça se prépare dès aujourd’hui. Parce que pour ce navire, qui sera le plus grand jamais conçu pour la Marine française, il faut creuser un bassin entier : une dizaine d’hectares gagnés sur la rade de Toulon. “C’est pharaonique, assure-t-il. On est en 2026 et on parle d’un porte-avion qui va arriver dans une dizaine d’années. Mais ça se prépare dès maintenant.”
Un métier fait de déplacements réguliers
Timothé travaille depuis Paris, où se trouvent les directions et les instances décisionnaires. Mais son métier est fait de déplacements réguliers : Toulon toutes les six semaines environ, pour des réunions ou des suivis de chantier. Cherbourg, où l’on construit les sous-marins. Brest.
Et parfois chez des partenaires industriels, comme à Aix-en-Provence ou à Saint-Nazaire, où sera construite une partie du futur porte-avion. “Vous pouvez aussi choisir d’être ingénieur sûreté nucléaire directement à Toulon ou à Brest, si vous voulez vraiment une vision terrain, rappelle-t-il. C’est une possibilité.”
Quoi qu’il arrive, Timothé est confiant dans l’avenir de sa profession. “L’emploi sera là. Que ce soit à la DGA ou chez les autres acteurs du nucléaire civil ou de défense.”
Pour revoir notre webinaire…
Et maintenant ?
Le parcours de Timothé vous donne envie d’en savoir plus sur les métiers du nucléaire au sein du ministère des Armées ? Retrouvez Timothé et d’autres ambassadeurs de la DGA sur My Job Glasses pour poser vos questions et explorer ce secteur de l’intérieur.